Eduk-Média à la tribune de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie : l’urgence de l’Éducation aux Médias et à l’Information

Yaoundé, le 9 juillet 2026 – C’est un moment fort pour notre organisation et pour le plaidoyer de l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) sur le continent. Hier, jeudi 9 juillet, Blaise Pascal Andzongo, président-fondateur d’Eduk-Média, vice-président du REFEMI et représentant Afrique au Bureau mondial de l’Alliance de l’UNESCO pour l’EMI, a été auditionné par la Commission de l’éducation, de la culture et de la communication lors de la 51e session de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF) qui se tient actuellement au Cameroun.

Devant un parterre de parlementaires de l’espace francophone, notre président a porté la voix d’une francophonie connectée, mais profondément vulnérable face aux dérives du numérique, en rappelant une vérité essentielle : l’éducation est l’arme la plus puissante face à l’infodémie.

En Afrique : Une explosion numérique face au défi de la manipulation

Le constat de départ partagé lors de l’audition est saisissant. En vingt ans, l’Afrique a opéré un bond numérique spectaculaire : le taux de pénétration internet est passé de 3,2 % en 2005 à près de 40 % en 2024, connectant plus de 650 millions d’Africains. Dans certains pays, le temps moyen passé en ligne atteint désormais 8 à 9 heures par jour.

Cependant, cette hyperconnexion s’accompagne d’effets pervers majeurs. Blaise Pascal Andzongo a mis en lumière l’explosion des « désordres informationnels » :

  • Une menace géopolitique : Les campagnes de manipulation visant les systèmes d’information africains ont presque quadruplé entre 2022 et 2024 (passant de 49 à 189 campagnes répertoriées)
  • Une crise de confiance : 73 % des Africains se disent aujourd’hui préoccupés par leur incapacité à distinguer le vrai du faux en ligne
  • Des fléaux du quotidien : Le cyberharcèlement (qui touche près de 60 % des femmes en ligne), les arnaques numériques (+3000 % dans certains pays), la cyberdépendance et la viralité de contenus trompeurs (notamment sur TikTok où 25 % des contenus sont jugés biaisés)

Mésinformation, désinformation, malinformation : décrypter pour se protéger

Pour éclairer les parlementaires, Blaise Pascal a méthodiquement déconstruit les rouages de la désinformation moderne. Qu’elle soit partagée sans mauvaise intention (mésinformation), créée pour tromper et nuire (désinformation), ou basée sur des faits réels détournés pour causer un préjudice (malinformation), la fausse information possède des caractéristiques redoutables : elle suscite de fortes émotions, se propage à la vitesse de l’éclair grâce aux algorithmes, et imite à la perfection les codes du journalisme professionnel.

Pour Eduk-Média, la réponse ne peut pas être uniquement répressive. Elle doit passer par le développement de l’esprit critique. À travers des outils pédagogiques concrets — comme le détournement moderne du Filtre de Socrate (Vérification de la Vérité, de la Bienveillance et de l’Utilité d’une info) ou des schémas de décision simples avant tout partage —, notre organisation démontre au quotidien qu’un citoyen éduqué est un citoyen protégé.

Le grand fossé des politiques publiques

Malgré l’urgence, le cadre politique et éducatif peine à suivre. En s’appuyant sur les données de l’UNESCO et de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Blaise Pascal a révélé un décalage criant : si 85 % des pays africains reconnaissent l’importance de l’EMI, seuls 9 pays sur 54 l’intègrent de manière systématique dans leurs programmes scolaires. Pire, dans 19 pays, elle est encore confondue avec un simple cours d’informatique technique.

« L’intégration de l’EMI dans l’éducation formelle est le moyen le plus efficace d’atteindre les jeunes populations », a rappelé Blaise Pascal Andzongo, citant les lignes directrices de l’UNESCO. Il a exhorté les parlements francophones à inscrire l’EMI au sommet de leurs agendas législatifs afin de passer d’une logique de répression (lois liberticides) à une logique de prévention et d’autonomisation des citoyens.

Eduk-Média : un modèle d’action et d’impact

Cette invitation à l’APF consacre le rôle de pionnier du réseau Eduk-Média. Lauréate du Prix mondial EMI en 2023, notre organisation s’est imposée par ses actions de terrain et ses ressources de référence :

  • La création de manuels d’EMI pour apprenants et de guides sur la parentalité numérique
  • Le lancement de jeux pédagogiques innovants comme Lud’EMI pour apprendre en s’amusant
  • Une contribution active aux dynamiques régionales et internationales, de la co-création du Réseau Francophone de l’EMI (REFEMI) à l’élaboration de la stratégie nationale tchadienne d’EMI.

En clôturant son intervention, Blaise Pascal Andzongo a rappelé l’ambition partagée avec le réseau international : Penser de manière critique, cliquer à bon escient. Pour que le numérique reste une opportunité de développement pour la jeunesse africaine, la jeunesse francophone, et non un piège informationnel, l’engagement des législateurs est désormais attendu. Eduk-Média, fort de son expertise, se tient prêt à accompagner cette transition historique.

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